Elie Baup : « La volonté de s'en sortir »
vendredi 6 décembre 2002

De retour du Havre, l'entraîneur girondin Elie Baup défend ses joueurs une nouvelle fois battus mercredi soir. Et s'attribue une part
de responsabilité dans les difficultés actuelles du club.

« Sud-Ouest » : Quelle est l'ambiance dans le groupe après ce nouveau revers au Havre ?
Elie Baup : La période est toujours délicate quand il n'y a ni points ni résultats. On reste sur deux défaites à l'extérieur alors que les joueurs ont montré beaucoup d'engagement et de bonne volonté. Il ne faut surtout pas baisser la tête. Il faut marquer des buts, ça c'est la priorité. En première mi-temps, on n'a pas vu Le Havre du tout. Ils sont venus une fois dans notre camp en seconde mi-temps et ils ont marqué. Nous, on a eu la possibilité de marquer et on ne l'a pas fait. A Auxerre, on a pris un coup franc de 30 mètres alors qu'on était costauds, en place. On a vécu deux matches similaires.

Dans ce genre de situation, l'entraîneur est souvent le coupable désigné. Etes-vous inquiet ?
Inquiet n'est pas le mot qui convient. Ca fait partie des règles du jeu. Il faut continuer à essayer de trouver la clé pour prendre des points et gagner des matches. Quand on est entraîneur, on se creuse la tête pour trouver des solutions, on recherche la meilleure formule, on bouge les choses, on change d'organisation de jeu, on « booste » les joueurs. Le positif, c'est de sentir qu'il y a une équipe à Bordeaux. Il y a eu des périodes où on percevait ce groupe moins dynamique. J'ai rarement vu à la fin des matches des joueurs aussi abattus, aussi concernés, aussi déçus pour le club. Ils ont la volonté de s'en sortir.

Quelle part de responsabilité vous attribuez-vous dans la situation actuelle ?
Je suis plongé dans le même contexte que tous mes joueurs. J'ai ma part de responsabilité dans le choix des mots, dans la recherche de la meilleure formule, dans les changements à apporter. A partir du moment où ça ne marche pas, tout peut être remis en question. Mais un entraîneur est aussi remis en cause en cas de victoire. Il y a toujours des interrogations. On a l'habitude d'attribuer les victoires aux joueurs et les défaites aux entraîneurs, il doit y avoir un équilibre entre les deux.

Estimez-vous plus dangereux pour vous d'être l'entraîneur d'un club ambitieux, adossé à un actionnaire tel que M 6, plutôt que celui d'un club plus familial comme l'était Bordeaux il y a quelques années ?
Pas du tout. Je ne vois pas de différence. Je ne réfléchis pas tous les jours à savoir qui est mon président ou qui est mon actionnaire. Je pense à qui va marquer, à qui va faire la passe, à qui va être en place en défense. Chacun à sa place.

Ces temps-ci, vos joueurs ont-ils besoin d'un entraîneur ou d'un psychologue ?
Le psychologue peut avoir sa place à un moment donné, mais je n'en vois pas l'utilité au vu des deux derniers matches. Les gars se défoncent, ils vont au bout d'eux-mêmes et ils respectent l'organisation. Sur ces deux matches, on mérite beaucoup plus que zéro point.

Est-ce que Bordeaux ne se crée pas trop peu d'occasions pour espérer gagner ?
On s'en est procuré beaucoup plus que nos deux derniers adversaires. Auxerre a eu une occasion ou deux, Le Havre en a eu une. Et encore, sur une faute de notre part. Et on a pris un but à chaque fois. C'est la réalité du jeu.

Sur la physionomie du match au Havre, Bordeaux n'est-il pas trop tributaire du seul Pauleta ?
Rien n'a changé. Parfois, Bordeaux a marqué grâce à ses défenseurs, suite à des coups de pied arrêtés. Au Havre, c'est un joueur défensif, Diawara, qui inscrit face à nous le but de la victoire normande, sur un coup de pied arrêté encore une fois. Mais la plupart du temps, lorsque l'on construit nos actions pour contourner les défenses, il est naturel que ce soit à l'attaquant de conclure. Ensuite, c'est un problème de confiance, de geste juste, de geste tueur pour la mettre au fond.

Le groupe a-t-il besoin de sang neuf au mercato (1) qui arrive bientôt ?
Le mercato, on en parlera le moment venu. Il y a beaucoup de choses à voir d'ici là : Montpellier demain en Coupe de la Ligue, ce que l'on peut éventuellement faire au match retour de Coupe d'Europe à Anderlecht, gérer la venue de Nice, aller à Paris.

Vous avez dit dernièrement que les absences finissaient par peser. David Jemmali a été expulsé pour la troisième fois de la saison au Havre. Qu'en pensez-vous ?
Il était sous le coup d'une suspension pour un carton jaune (2). Je crois maintenant qu'il ne va plus jouer jusqu'au Père Noël. On traverse des moments difficiles et on doit mesurer notre capacité à en sortir par notre self-control. Aujourd'hui, on n'a pas besoin de ces expulsions. Il nous faut toutes nos forces. Je n'accepte pas qu'il y ait autant de cartons rouges (3).
(1) Le marché hivernal des transferts, du 21 décembre au 31 janvier. (2) Il la purgera face à Nice, le 15 décembre. (3) Christophe Dugarry a été expulsé pour la deuxième fois de la saison dimanche dernier, à Auxerre.

(J.D. Renard - Sud Ouest)