Bordeaux au bord de la crise de nerfs
vendredi 6 décembre 2002

Les frasques du PSG ont occupé le champ médiatique de ces dernières semaines, occultant la lente agonie bordelaise. Les trois défaites consécutives enregistrées par les partenaires de Dugarry placent les Girondins dans une situation critique.

Commentant le transfert de Savio à Bordeaux à la fin du mois d’août, Zinedine Zidane avait fait des Girondins son favori pour la course au titre de champion de France. Un sentiment partagé par de nombreux observateurs, alors impressionnés par le potentiel offensif des Bordelais : Pauleta, Darcheville et Dugarry promettaient de faire le spectacle à Chaban-Delmas. Et après huit journées de championnat, si tout n’était pas rose sur les bords de la Garonne, les Girondins pointaient tout de même à une flatteuse troisième place, à trois longueurs du leader niçois. La défense bordelaise semblait alors imperméable (4 buts encaissés), et les nouveaux joueurs s’intégraient à leur rythme. Quand la machine s’est enrayée. Les Marine et Blanc entraient dans une spirale de cinq matches consécutifs sans victoire, encaissaient huit buts, et voyaient la tête du classement s’échapper. Une première alerte qui connaissait son point d’orgue lors de la défaite à Sochaux (2-0), où le jeu particulièrement indigent proposé par les Girondins faisait vivement réagir le président, Dominique Imbault. «Je suis très mécontent, déçu et amer. J'ai vu des individus qui ont joué pour eux et pas pour l'équipe. Et ça m'exaspère que des mecs qui gagnent des fortunes ne pensent qu'à leur tronche et pas au club. Je n'ai senti ni rage de gagner, ni haine de perdre chez les joueurs. Ils ne se défoncent pas. Et ça, ça me fait ch…» enrageait le successeur de Jean-Louis Triaud à l’intersaison.

Bordeaux se crispe
«Le président vient d'arriver dans le football, moi cela fait treize ans que je suis professionnel. Tout le monde traverse des mauvaises périodes. Calmons-nous, je suis sûr qu'un déclic va arriver», avait bien alors tenté de temporiser Dugarry. Mais rien n’y fait : Bordeaux reste englué en milieu de tableau, à une indigne douzième place, déjà relégué à dix points du leader après 18 journées. La piteuse défaite à domicile contre Anderlecht (0-2) laisse quant à elle présager d’une élimination prématurée en Coupe de l’UEFA. Bordeaux ne sait plus gagner, Bordeaux se crispe. Les deux expulsions en fin de match de Dugarry à Auxerre (1-0) et Jemmali (déjà la troisième du latéral gauche depuis le début de saison) au Havre (1-0) révélaient la nervosité actuelle de l’effectif aquitain. Qu’est ce qui cloche à Bordeaux ? «Dans les périodes comme ça, on a beau faire tout ce qu’on peut, mais quand ça ne veut pas sourire, ça ne veut pas sourire», se lamentait Darcheville après le nouveau revers au Havre.

Un avenir incertain
Invoquer la malchance ne suffit pas. Bordeaux a aussi perdu à l’intersaison un élément essentiel de sa défense : l’expérimenté Alain Roche, que le recrutement de l’international espoir portugais Caneira n’a pu compenser. L’arrivée de Darcheville avait aussi été pensée comme une solution de remplacement pour pallier au départ de Pauleta. Mais leur association avait-elle été envisagée ? Le duo qu’on rêvait explosif en début de saison n’a pas réellement fonctionné ensemble. Savio tarde à s’adapter, n’ayant jamais encore réussi une performance digne de son statut d’ancien du Real Madrid. Camel Meriem a quant à lui disparu de la circulation, se contentant de petits bouts de matches. Ne manque-t-il pas non plus dans le vestiaire bordelais, et sans faire offense à Dugarry, un réel meneur d’hommes, comme le furent Pavon et Benarbia lors du dernier sacre girondin en 1999 ? Face à cette situation, Baup prône l’abnégation et le travail. «J’estime que Bordeaux n’est pas à sa place au classement. Il faut lutter, être courageux, plus agressif, plus méchant dans le dernier geste, il faut continuer et ne surtout pas arrêter» essaye-t-il de se persuader. Mais combien de temps encore la casquette d’entraîneur restera-t-elle vissée sur le crâne stoïque d’Elie Baup ? M6, qui a repris le club en juin 1999, peut-il se contenter des résultats actuels des Girondins, quand ces derniers ont manqué ces trois dernières saisons leur objectif principal, à savoir une qualification pour la Ligue des Champions ? La Coupe de la Ligue, dont Bordeaux est le tenant du titre, se présente samedi aux Girondins comme une dernière bouffée d’oxygène.

(Sport24)