Avant Auxerre - Bordeaux : Rolland les a élevés
samedi 30 novembre 2002

Quand Guy Roux était parti en vraie-fausse retraite, à l'orée de la saison 2000-2001, c'est Daniel Rolland qui avait été appelé aux manettes de l'équipe fanion. Une consécration pour cet éducateur, âgé de 58 ans, qui a joué un rôle crucial dans la réussite du club auxerrois. Dès la montée en Première division et l'abandon du statut amateur, en 1980, il a empoigné d'une main ferme les rênes de la formation pour ne plus les lâcher vingt ans durant. Employé aujourd'hui encore à la direction sportive du club, Daniel Rolland a ainsi vu passer des générations d'adolescents qui ont accédé à l'élite (1).
De Christophe Cocard à Philippe Mexès, de Basile Boli à Djibril Cissé, de Bernard Diomède à Olivier Kapo, on lui doit ainsi l'épine dorsale de toutes les formations que Guy Roux a couvées à l'étage supérieur. Pascal Vahirua, Eric Cantona, Fabien Cool, Olivier Kapo... La liste est longue et elle n'est pas close, des anciens aux modernes, des ailiers aux gardiens. « J'ai dû former de 70 à 80 joueurs professionnels, je crois », évalue-t-il à la louche. L'effectif bourguignon de la saison 2002-2003 compte dix-huit joueurs issus de la maison.

Cohérence. Cette fortune de pépiniériste, qui n'a d'égale en France que le modèle nantais, était apparemment inscrite dans les gènes de l'AJA. « Lorsque nous sommes montés de Deuxième en Première division, en 1980, nous avions besoin de renforts. Nous disposions de 1,5 million de francs. Nous avons choisi d'acheter du foncier sur lequel nous avons aménagé le premier bâtiment du centre de formation et deux terrains d'entraînement plutôt que de nous payer un ailier gauche », se remémore Daniel Rolland.
Cette politique de formation a été érigée en philosophie. « L'AJ Auxerre doit vivre dans une ville de 38 000 habitants, avec une affluence moyenne de 12 000 spectateurs à l'Abbé-Deschamps, sans actionnaire adossé au club comme Pathé à Lyon ou M 6 à Bordeaux. Si on se hasardait à changer de système, ça signifierait très vite la mort du club », analyse-t-il.
Auxerre est allé au bout de la cohérence, en donnant systématiquement leur chance aux jeunes qu'on estimait prêts pour le grand saut. « Le choix des parents comme de leurs gamins se porte plus facilement sur un club qui favorise l'intégration dans l'équipe fanion des jeunes formés. C'est une grande motivation pour les adolescents qui rêvent de passer professionnels. Ils savent que s'ils font l'affaire, ils n'auront pas à attendre la blessure du titulaire pour jouer des bouts de match. » Selon Daniel Rolland, c'est ainsi qu'Auxerre maintient son standing après avoir pris une longueur d'avance. Même si la concurrence est de plus en plus vive avec des clubs qui n'avaient pas de tradition de formation. Même si, revers de la médaille, on évoque la dureté d'Auxerre envers les jeunes qui ne parviennent pas à percer quand d'autres clubs leur cherchent des parachutes.

Les hommes. Mais si tout ceci était aussi aisément mis en équation, nul doute que les vingt pensionnaires de Ligue 1 auraient fait marcher la photocopieuse pour appliquer la recette. « Ce que personne ne peut imiter, c'est la permanence des hommes », pense Daniel Rolland. « Je suis à l'AJA depuis plus de trente ans, Guy Roux depuis quarante ans, le président Hamel depuis un demi-siècle. Cette stabilité est sans équivalent. Je vous assure que lorsqu'il s'agit de réfléchir à l'avenir d'un jeune du club, on n'a pas besoin de faire des réunions », poursuit-il.
Ainsi va le centre de formation de l'AJ Auxerre, lieu monacal, longtemps marqué par la religion « rouxienne » du 4-3-3, du marquage individuel et des ailiers de débordement. Le modèle a maintenant quitté son petit cocon des bords de l'Yonne. Selon Daniel Rolland, la FIFA travaille à un projet qui prend en exemple la formation à l'auxerroise pour des pays émergents de la planète foot, encore en mal de structures et de méthodes. « Je ne goûte pas tellement les honneurs. Mais là, c'est vrai, c'est une forme de reconnaissance », souffle-t-il.
(1) Le centre de formation est maintenant dirigé par Bernard David

(J.D. Renard - Sud Ouest)