Avis de tempête
samedi 30 novembre 2002

Les Girondins ont confirmé le malaise actuel. Tous les indices sont au rouge, suscitant de nombreuses questions.

La Coupe UEFA, les Girondins peuvent désormais faire une croix dessus. Etre battu 2-0 sur sa pelouse, c'est le plus souvent rédhibitoire. A peine 2 % de chances de se qualifier dans quinze jours à Bruxelles, les statistiques sont impitoyables. D'autant que les prestations de ces dernières semaines n'incitent guère à l'optimisme. Derechef, les hommes de Baup ont donné le bâton pour se faire rosser. Une entame de match calamiteuse et deux erreurs défensives où la responsabilité de Sommeil est beaucoup plus engagée que celle de Planus, contrairement à ce que nous écrivions hier, ont scellé l'issue de cette morne soirée. Finalement, la période de rémission aura peu duré. Les Bordelais sont retombés dans leur travers et, cette fois, on ne voit pas l'issue du tunnel. Il est urgent de poser les questions qui s'imposent.

Que vaut Bordeaux ? Après avoir observé son adversaire à plusieurs reprises l'entraîneur d'Anderlecht, a fort bien résumé le sentiment général : « Je crains plus Bordeaux par ses individualités que par son collectif. » C'est le problème majeur et récurrent de ce début de saison. Trop rarement, le groupe donne l'impression de réciter la même partition. On assiste davantage à un concerto de solistes, sans liant, sans tempo, sans unité. Le bloc-équipe est trop souvent coupé en deux. On n'attaque ni ne défend ensemble. En outre, les compensations laissent à désirer lorsqu'un défenseur sort de sa zone. Comme un puzzle où on n'arriverait pas à imbriquer les pièces. Ce qu'Ulrich Ramé décrit à sa façon : « Il ne suffit pas de vouloir jouer. Il faut répondre aux vérités du terrain et faire preuve de maturité tactique et d'intelligence de jeu. »

Pourquoi pratiquer la politique de l'autruche ? Sans s'entendre dire « la patrie est en danger », on aimerait que les joueurs soient convaincus de l'avis de tempête qui guette cette déliquescence du jeu et ce manque d'âme. Hormis le coach à la casquette et encore dans l'intimité du vestiaire, personne ne tire la sonnette d'alarme. Résignation ou fatalité, difficile de savoir tant les propos paraissent aux antipodes de l'inquiétude du public. Une façon comme une autre de se protéger. Certains emploient depuis un moment les termes de « révolte » ou de « rébellion ». On attend juste des faits concrets sur le terrain.

Où va Bordeaux ? Droit dans le mur s'il ne change pas d'état d'esprit et de volonté collective d'adopter une ligne directrice dans le jeu. Pour le moment, tous les clignotants sont au rouge. Et aucun indice ne permet de déceler une lueur d'espoir. Cela dit, on sera vite fixé. Jusqu'à la trêve, les Girondins vont disputer quatre matches de championnat dont trois à l'extérieur. Et la semaine à venir s'annonce cruciale avec trois voyages à Auxerre, au Havre et à Montpellier en Coupe de la Ligue. Ils peuvent tout gagner ou tout perdre et la saison basculerait alors dans le renouveau ou le néant. Elie Baup le sait : « D'ici la trêve, nos performances auront des conséquences sur la suite de la saison et orienteront l'avenir du club. Pour le moment, avec une dizaine d'autres équipes, nous sommes dans la même situation. Espérons que nous tomberons du bon côté. »

Un retour à la simplicité ? Depuis l'ouverture de la saison, l'entraîneur a changé plusieurs fois de schémas tactiques et donné sa chance à tout l'effectif. Pour un résultat peu reluisant. Même si la situation est encore loin d'être désespérée en championnat. Il est peut-être temps d'analyser ce qui a le mieux fonctionné et revenir à des choses plus basiques. Ramé le suggère : « Nous encaissons la majorité de nos buts sur des contres. L'an passé, nous ne produisions pas de jeu, mais nous étions plus efficaces offensivement et défensivement. Il faut peut-être retrouver ces valeurs là. »
Baup confirme ses intentions tout en procédant à un constat d'échec : « Il faut devenir plus simpliste, revenir aux fondamentaux et adopter la formule qui nous convient le mieux. Les matches où nous avons été les plus solides, c'était à Djurgardens et à Nantes. J'ai tenté des choses qui n'ont pas été productives. Maintenant, je ne tente plus rien. Je reviens à ce qui me paraît être le plus costaud et je m'y tiendrai. Etre fort défensivement et ne plus encaisser de buts, telle est la priorité. »

Que va-t-il se passer au Mercato ? Si les choses tournaient mal lors des prochaines semaines, Elie Baup serait le premier menacé. Est-il sur un siège éjectable ? Non, si l'on en croit le président Imbault : « Elie est et restera notre entraîneur. Il est hors de question de le virer. Même si un coach vit toujours avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. » Pourrait-il y avoir alors un renouvellement d'effectif dans un groupe qui semblait déjà en fin de cycle l'an passé ? « Au Mercato, il y a toujours des possibilités à étudier », répond-il sibyllin. Aucune hypothèse n'est donc écartée.

(A. Goujon - Sud Ouest)