Hugo Broos : «Anderlecht ne peut pas se contenter de gagner»
mercredi 27 novembre 2002
Les Girondins affrontent demain soir le club belge en coupe de l'UEFA. Le point avec l'entraîneur Hugo Broos.
Hugo Broos est revenu au pays entraîner l'équipe d'Anderlecht dont il fut autrefois l'une des figures légendaires. Stoppeur de la grande équipe qui remporta deux fois la Coupe des Coupes, en 1976 et 1978, et une fois la Coupe UEFA, en 1983, il entraîna Bruges
pendant six ans où il fut élu entraîneur de l'année en 1992 et 1996. Puis il partit une saison à Mouscron, avant de revenir au club bruxellois auquel il espère redonner son lustre d'antan.
Qu'avez-vous pensé des Girondins devant Ajaccio ?
J'ai trouvé que les Girondins avaient beaucoup mieux joué à Lyon que face à Ajaccio, même si, en deuxième période à Gerland, ils ont été balayés. Ils ont un peu le même problème que nous. Le vif échange entre Basto et Dugarry montre qu'il y a un problème
de confiance dans cette équipe.
Ne trouvez-vous pas qu'il y a une différence entre les individualités et le collectif ?
On ne peut pas dire que cette équipe a un très bon collectif mais elle dispose de joueurs qui peuvent décider du sort d'un match en quelques secondes. Et ça, c'est toujours dangereux. On a bien vu, avec Pauleta qui fait gagner Bordeaux. J'aime bien Sommeil. Il me
fait penser à Boli. J'apprécie Dugarry. Pour moi, il n'a pas le style d'un joueur français. C'est un gagneur, un bagarreur, qui a beaucoup d'expérience.
Cela veut-il dire que vous allez vous adapter au jeu de Bordeaux ?
En Coupe d'Europe, il faut toujours être prudent au premier match. On ne peut pas jouer comme contre Lokeren parce que l'on n'est pas obligé de gagner. Le plus difficile, c'est d'éliminer une individualité. Tu as le choix. Tu peux dire à un joueur, « toi tu joues
sur Feindouno. Et cours avec lui, jusqu'aux toilettes s'il y va ». Ou tu peux apporter des réponses collectives. Il ne s'agit pas de neutraliser Feindouno et d'oublier les autres ! Car Pauleta peut en mettre deux ! Nous ne sommes quand même pas une équipe allemande.
Qu'est-ce qui faisait la force d'Anderlecht ?
L'équipe s'appuyait sur des joueurs de talent, comme Rensenbrinck, qu'aujourd'hui elle ne pourrait plus garder. A l'époque, les dirigeants étaient assez forts pour dire non aux propositions des grands clubs. Aujourd'hui, ce n'est plus possible.
Pourquoi Anderlecht n'est-il plus aussi performant qu'il l'était il y a encore peu ?
Aucune équipe ne peut rester au sommet pendant vingt-cinq ans. Il y a deux ans, la force de l'équipe reposait beaucoup sur Koller, Radzinski, Goor et Dheedene. Radzinski et Koller ont marqué 45 buts à eux deux en championnat. Ces deux joueurs ont été vendus, avec
Goor et Dheene. Ils n'ont pas vraiment été remplacés, d'autant que Mornar et Jestrovic ont été blessés une bonne partie de la saison dernière. On souffre encore de ces départs. Maintenant, on est obligés de reconstruire une équipe.
Comment expliquez-vous vos résultats moyens ?
C'est l'héritage de la saison passée. Anderlecht a eu un double problème, avec le départ de ses meilleurs joueurs et d'autres qui ne s'entendaient pas. Je n'ai peut-être pas eu la vraie connaissance de ce qui se passait. Je sens cependant une amélioration depuis
quelques semaines. On s'est qualifié en Coupe d'Europe; on a passé un tour en Coupe de Belgique et fait un bon match contre Lokeren. Petit à petit, ça vient.
Est-ce plus dur d'être entraîneur à Anderlecht qu'à Mouscron ?
Les critiques évaluent les matches d'une façon tout à fait différente. A Anderlecht, tu ne peux pas te contenter de gagner. Il faut bien jouer et être de trois classes supérieurs à l'adversaire. Il faut toujours gagner des titres. Les gens n'ont pas de patience,
c'est donc difficile de construire. La saison dernière, à Mouscron, on n'a pas pris un point sur les cinq premiers matches. On n'a jamais évoqué la possibilité de virer l'entraîneur. Ici, si j'avais perdu à Lokeren et qu'ensuite je perde à Bordeaux, je pourrais
me faire du souci.
| (Sud Ouest) |
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