Goethals : « Anderlecht n'a plus la classe »
mardi 26 novembre 2002

A 81 ans, Raymond Goethals a toujours bon pied, bon oeil. Le ton est badin et il distille toujours sa science du football avec passion. Après avoir mis fin à sa carrière d'entraîneur (longue de trente ans) en 1996, il coule une retraite très active. Consultant de nombreuses télés et journaux, il n'a pas perdu son regard acéré sur le jeu.

Quel regard portez-vous sur ce Bordeaux-Anderlecht (1), deux clubs que vous avez entraînés ?

Bien sûr. Je connais bien ces deux clubs où j'ai conservé d'excellents souvenirs et de bons amis. Même s'ils ne sont plus aussi dominateurs aujourd'hui que par le passé. Aussi pour ce troisième tour de Coupe d'Europe, j'accorde 50 % de chances à chaque équipe. Avec un Bordeaux que j'aurais bien aimé voir au complet. Car l'absence des deux latéraux, Bonnissel et Jemmali, va constituer un handicap. Je suis aussi étonné de voir que Darcheville ne joue pas dans l'axe. Car sur le flanc droit, il perd de ses qualités. Pauleta-Darcheville devant avec Feindouno derrière, ça devrait faire de la bonne musique, non ? Mais bon, je ne suis pas l'entraîneur. C'est donc un avis très neutre.

Que pensez-vous de la 11e place des Girondins dans le championnat de France ?
Bien sûr, Bordeaux 11e, ce n'est pas Bordeaux. Mais il faut admettre que deux victoires d'affilée permettent de recoller en haut du tableau. Ce n'est pas grand-chose. Seulement, Bordeaux voyage très mal et perd parfois des points très ridicules sur son terrain. Dès lors, le classement aujourd'hui ne veut rien dire. Dans quinze jours, il pourrait être bouleversé.

Quelle est votre opinion sur le niveau de la Ligue 1 ?
Même si vous avez perdu 50 à 60 de vos meilleurs talents, la qualité de votre championnat est encore largement supérieure à notre Belgique. Il n'y a plus rien chez nous. Hormis Bruges, Genk et Anderlecht, tous les autres clubs n'ont pas le niveau. C'est un peu comme en Ecosse. Ici en France, la Ligue 1 est très équilibrée. C'est la force d'un championnat. Même si Lyon est de loin la meilleure équipe.

Quelle impression vous fait Anderlecht en ce début de saison ?
Anderlecht se cherche, comme votre Bordeaux. Mais elle est déjà reléguée à 11 points de Bruges. Elle n'a jamais remplacé Koller et Radzinski. Attention quand même, sur deux matches, elle est capable d'éliminer Bordeaux. Si les Girondins ne font pas une différence suffisante à domicile, ils souffriront à Bruxelles.

Quelles sont les forces d'Anderlecht ?
Ouh là ! Pas beaucoup. Ils ont un bon joueur, c'est l'Ivoirien Dindane. C'est l'homme qui élimine et peut faire à lui seul la différence. Face à lui, je plains le défenseur gauche. Sinon, tout le reste a un potentiel correct. Ca se défend mais il n'y a plus de grands talents. Anderlecht n'a plus la classe qu'il avait par le passé. A mon avis, Bordeaux est supérieur. Il a plus de qualités sur le plan des individualités et du collectif. Encore faudra t-il le démontrer. Ces deux matches se joueront à la volonté.

Si votre coeur parle, quelle équipe allez-vous encourager ?
Celle qui fera le meilleur match (rires). Mais j'ai toujours un faible pour Bordeaux où j'ai passé d'excellents moments. Allez, au revoir, et donnez bien le bonjour à tout le monde, fieu.
(1) Bordeaux-Anderlecht, jeudi 28 novembre, 20 heures.

(Sud Ouest)