Triaud rompt le silence
vendredi 22 novembre 2002

Quatre mois après son retrait de la présidence des Girondins de Bordeaux, Jean-Louis Triaud sort de son mutisme. En qualité de président du conseil d'administration du club.

« Sud-Ouest » : La renégociation des droits télé a fait la une de l'actualité. Etes-vous surpris par les chiffres annoncés (1), à savoir une augmentation de 150 millions d'euros par an ?
Jean-Louis Triaud : Je suis étonné mais ravi. Je le serai complètement, lorsque les contrats définitifs seront signés. Connaissant les difficultés des groupes susceptibles de diffuser les images et vu l'enveloppe déjà conséquente, aboutir dans ce contexte à une augmentation des droits est à coup sûr une très belle opération. Les clubs vont en profiter pour respirer et non pas, je l'espère, pour se livrer à des abus qui aboutiraient à une inflation ridicule. La hausse des budgets devra s'accompagner d'une grande sagesse des dirigeants afin d'assainir la situation. Et n'oublions pas qu'il faudra patienter jusqu'à la fin 2004 avant de percevoir les premières mannes.
Le G 14 a exprimé sa volonté de limiter la masse salariale à 70 % du chiffre d'affaires. Ce taux n'est-il pas encore démesuré ?
Pour être précis, quand on évoque 70 % de la masse salariale, il convient d'y ajouter l'amortissement des transferts. Car si on parle uniquement de masse salariale, il vaut mieux éviter de dépasser 55 % à 60 %. Mais je suis de l'avis d'Arsène Wenger, c'est un voeu pieux. Lorsque deux clubs, Barcelone et Madrid pour ne citer qu'eux, voudront se disputer un joueur, ce sera la porte ouverte aux paiements occultes pour arracher la décision. Même si dans l'esprit, cette décision peut paraître intelligente, j'ai peur que d'autres clubs détournent ainsi la règle instaurée.
Bordeaux ne serait-il pas intéressé de faire partie du regroupement des grands clubs européens ?
C'est toujours flatteur d'appartenir à une élite. Mais Lyon a été préféré à Bordeaux. C'est la troisième ville de France, le plus gros budget (105 millions d'euros) et il vient de participer pour la troisième fois d'affilée à la Ligue des champions. Il y a eu donc un travail de lobbying assez efficace. Mais appartenir au G 14, c'est aussi le droit de payer une forte cotisation pour je ne sais quel profit, si ce n'est la satisfaction d'un ego bien développé.
Vous avez démissionné du poste de président des Girondins en juillet dernier. Quatre mois après, n'éprouvez-vous toujours aucun regret ?
Je précise que je n'ai jamais démissionné de ma fonction. A l'époque, mon titre était président-directeur général. Une nouvelle réglementation économique permettait de scinder ce rôle en deux, président et directeur général. Dans la mesure où j'estimais qu'une présence permanente, qu'une professionnalisation était indispensable, j'ai émis le voeu d'entrer dans une nouvelle ère. C'est plus performant pour le club et cela m'offre la possibilité d'assumer mes autres responsabilités. Gérer un club, c'est un emploi à plein temps. C'est presque du vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On ne peut plus être partagé entre différentes activités.
Alors, quel est votre titre aujourd'hui ?
Je suis président du conseil d'administration. Mon rôle est de participer à l'élaboration du budget et de la politique générale du club, mais sur des axes plus généraux et avec un peu de recul. Donc, moins de présence exécutive au quotidien. Mais vous savez, la gestion d'un club, c'est un travail d'équipe.
Par rapport aux résultats de ce début de saison, êtes-vous déçu ou surpris des difficultés de l'équipe ?
Déçu oui, au même titre que tous nos supporters, sur le fait d'avoir perdu neuf points à domicile face à des clubs à notre portée comme Strasbourg et Sedan. Ce constat avive les regrets, car avec cinq points de plus, on serait deuxième du championnat.
Comment expliquez-vous que les performances ne soient pas à la hauteur des espérances ?
Elie Baup a une bonne connaissance du jeu et des convictions fortes. Il les a exprimées très souvent à ses joueurs. Alors, à partir du moment où le collectif oublie les fondamentaux et la solidarité, on est tout de suite sanctionné. Et quel que soit le sport collectif pratiqué. Aujourd'hui, je constate que le discours a été entendu, malheureusement, huit minutes d'errance mentale et technique à Lyon ont tempéré l'élan d'optimisme né de ces dernières semaines. Espérons qu'il s'agissait simplement d'un petit excès de fièvre avant guérison totale.
Tout le monde évoque le problème d'association entre Pauleta et Darcheville. Mais l'arrivée de l'un ne devait-elle pas entraîner le départ de l'autre ?
Devait, non. Nous avions le meilleur buteur de Ligue 1 et l'opportunité de recruter un de ses plus dangereux rivaux s'est présentée. Nous l'avons saisie. D'autant que Jean-Claude Darcheville avait manifesté son envie de venir à Bordeaux. Aujourd'hui, abondance de biens et de qualité ne nuit pas. C'est plutôt l'inverse. On nous l'a assez reproché par le passé.

(1) Le contrat était de 380 millions d'euros par an de 2000 à 2003, il serait de 530 millions d'euros de 2004 à 2007.

(Sud Ouest)