Faut-il remettre tout en cause ?
mardi 19 novembre 2002
L'humiliante défaite concédée samedi soir à Lyon laisse perplexe. Car encaisser trois buts en huit minutes, les premières du second acte, relève presque de la faute professionnelle. Comment une
équipe aussi bien en place, aussi bien articulée, aussi maîtresse de son pressing et appliquée à jouer tous ses coups offensifs, quarante-cinq minutes durant, a-t-elle pu ainsi sombrer corps et âme, se laisser aller à des erreurs de débutants, sans manifester la
moindre rébellion ? C'est incompréhensible, pour ne pas dire inconcevable.
Car Ramé et ses partenaires ont réussi l'exploit (!) de concéder quatre buts, performance qui n'était plus survenue depuis le 24 janvier 98 lors d'un Bordeaux - Strasbourg 4-4. La meilleure défense de France sur ces cinq dernières saisons a donc volé en éclats
dans une période de convalescence prometteuse après les quatre résultats positifs consécutifs. Désormais, 11e à 9 points du leader niçois et distancés par Lyon, le champion de France en titre, les Girondins vont devoir s'interroger sur leur véritable niveau.
1. Le discours de Baup
Quand le navire donne de la gîte, la majorité des critiques tombe sur le dos du Pacha. Ce refrain connu commence à s'instiller dans les esprits des travées de Lescure. Il est toujours plus facile d'accuser et de virer l'entraîneur qu'un groupe de joueurs sans état
d'âme et uniquement focalisés sur leur carrière personnelle.
« Je crois que si les joueurs ne m'écoutaient pas, rétorque Elie Baup, on n'aurait pas eu droit à cette première période. Jusque-là, ils avaient adhéré au système mis en place et respecté les consignes à la lettre. Mais lorsque vous oubliez les fondamentaux
et les principes de jeu à ce point, vous le payez cash. Là, l'entraîneur ne maîtrise plus rien. C'est le jeu qui impose le sens du match. Il ne faut pas s'enflammer, tenter des grands ponts ou des gestes inutiles, mais rester dans une sobriété qui s'impose. Si les
gens ne le comprennent pas, ils peuvent se sentir m... à la fin ! »
2. Des joueurs trop fragiles
Dès que les événements ne tournent pas en leur faveur, les joueurs se replient sur eux-mêmes, ne réagissent plus de façon collective et n'ont aucune capacité à apporter une réponse aux difficultés. Ils peuvent y parvenir sur des périodes de jeu et sur trois
ou quatre matches d'affilée, mais jamais sur la durée. La vie de château au Haillan n'est-elle pas trop belle ? Comme si ses enfants gâtés et surprotégés par un système et les dirigeants se contentaient d'offrir le minimum. Dans un tel environnement, il est
fréquent de voir certaines têtes enflées prétendre à des sélections qu'elles ne méritent pas. Leurs qualités intrinsèques ne sont pas en cause, mais leur compétence en club est trop limités et leur mental trop friable.
Si le coach à la casquette n'a pas mâché ses mots dans l'intimité du vestiaire, hier matin, montage vidéo à l'appui, il protège toujours ses joueurs face à la presse. Pourtant, personne ne se plaindrait qu'il déroge parfois à ses préceptes. Ni les supporters
ni les dirigeants. « Le groupe n'a pas d'endurance psychologique et supporte assez mal la pression du jeu, note-t-il. C'est malheureusement un peu sa nature. Cette semaine, nous avons eu un coup de semonce en Coupe d'Europe avec un relâchement coupable en fin de
partie. J'ai tiré le signal d'alarme, j'ai gueulé et cette fois, c'est arrivé à la reprise. Lorsque les deux seuls hommes capable de réagir, Dugarry et Costa, sont absents, il n'y a pas beaucoup de solutions. »
3. Absence d'un leader
On le répète chaque saison. Depuis le départ du club de Michel Pavon, Bordeaux n'a pas trouvé son successeur. C'était un leader naturel écouté et respecté par ses partenaires. Braillard, mais d'une folle sensibilité en grattant un peu la carapace. Il était
capable de vociférer après tout le monde, mais d'aller aussitôt réconforter un partenaire pour une passe ratée ou une erreur payée comptant. Avec lui sur le terrain, jamais les Girondins n'auraient enduré un tel calvaire. Cet oiseau rare, le club serait bien
inspiré de le dénicher ou au moins de le chercher. Même si Dugarry a le profil mais pas la manière, comme il l'avoue lui même, il évolue trop haut sur le terrain pour manifester une réelle influence. La présence de Roche, même s'il était davantage un leader de
défense, avait permis d'assurer la transition. Aujourd'hui, c'est le vide.
4. Menaces sur le coach
Les résultats ne plaident pas en sa faveur. Les supporters comme lui-même attendaient son équipe à une toute autre place. Si Jean-Louis Triaud, désormais président du conseil d'administration du club, est son meilleur soutien, rien ne dit que M 6, l'actionnaire
majoritaire, supportera longtemps les contre-performances d'une équipe qui souffle plus souvent le froid que le chaud. D'ailleurs, Elie Baup n'est pas dupe sur le sujet : « Chaque semaine, quand vous perdez, vous vous sentez en danger. Et tous les ans, c'est la même
chose. Depuis cinq ans que je suis à Bordeaux, je n'ai jamais pensé autrement. Aujourd'hui, mes préoccupations ne concernent pas mon cas personnel. On ne parvient pas à basculer du bon côté. Alors, on peut se demander s'il n'y a pas eu erreur de jugement sur
certains joueurs. »
| (Sud Ouest) |
|