Dugarry : « Savoir faire des concessions »
vendredi 8 novembre 2002
Rassuré par une victoire en UEFA et un match nul à Nantes, le capitaine bordelais espère maintenant que les Girondins vont renouer avec le succès en championnat. Surtout, il attend de son équipe davantage d’efficacité et de rigueur. Et tant pis pour le spectacle.
Christophe Dugarry, peut-on parler de début de convalescence après les deux derniers résultats de Bordeaux ?
Il est vrai que nous sommes dans une meilleure période puisque nous n’avions plus réussi ce genre de série, surtout sans prendre de buts, depuis le début du championnat. Nous restons sur deux résultats positifs. Nous sommes en amélioration mais tout n’est pas
encore parfait puisqu’il nous manque des points au compteur, notamment à domicile. Cela passe donc par une victoire incontournable contre Rennes.
Est-ce que cela vous apporte au moins une confiance supplémentaire ?
Oui bien sûr. Par la qualité de nos prestations sur le terrain, les défaites ou les nuls à domicile nous ont fait douter. Peut-être pas individuellement mais au niveau collectif. Nous avions du mal à exploiter les solutions pertinentes pour contrer nos
adversaires, à équilibrer le jeu. Et l’entraîneur a certainement douté du potentiel de l’équipe. Il est vrai qu’avoir retrouvé une assise défensive est un point important, c’est la clé dans le football moderne. Je prends pour exemple Bixente Lizarazu qui
tente d’expliquer les problèmes actuels du Bayern. Munich a voulu se prendre pour le Real Madrid en collectionnant les atouts offensifs mais en laissant de côté ses vertus défensives, ses qualités de replacement. Des facteurs essentiels dans le football
d’aujourd’hui, où il faut avant tout penser à défendre. Au Milan AC, on n’hésite pas à mettre Rivaldo sur le banc et à ne jouer qu’avec un seul attaquant de pointe. Beaucoup de milieux récupérateurs sont là pour faire déjouer l’adversaire. Ce sont
des méthodes qui marchent surtout sur la durée. A l’inverse, je pense Lyon, très fort offensivement, capable de battre n’importe quelle équipe sur un match. Mais sur la durée, cela risque d’être difficile. Pour Bordeaux, retrouver l’assise défensive peut
nous permettre d’envisager un meilleur avenir.
Vous partiez pourtant sur de bonnes intentions, en produisant davantage de jeu et en évoluant avec quatre attaquants. Y a-t-il une prise de conscience au niveau du repli ?
On dirait que je parle avec mon père (rire). Il m’a reproché cela, un peu le nouveau système également. L’année dernière, on s’octroyait le droit d’être moins beau à voir jouer mais il faut savoir ce que l’on veut. Au niveau européen, même
si des équipes ont pléthores de talents offensifs, ils ne sont pas alignés ensemble. Comme par exemple à La Corogne, où Tristan et Makaay jouent rarement tous les deux. Manchester, aussi offensif soit-il, ne joue qu’avec un seul attaquant. Le « beau » est une
chose, l’efficacité une autre. C’est un faux-procès : le football est fait pour gagner des matchs et non pour être beau, il faut simplement prendre le moins de buts possible.
« Le football est un métier difficile »
Vous en tant que coach à Bordeaux, vous vous priveriez d’atouts offensifs ?
Ce n’est pas moi qui fait l’équipe mais chacun doit être conscient qu’il va se retrouver sur le banc pour le bien du groupe. C’est vrai que l’on a six joueurs à vocation offensive. On ne peut pas joué avec les six. Cela fait partie du jeu. Makaay, Elber,
Rivaldo ne sont pas toujours titulaires. Pour être un joueur titulaire indiscuté et indiscutable, il faut aller dans un club moyen de Première Division d’un championnat européen. Mais pas dans un club ambitieux. Le football a des exigences et il faut savoir faire
des concessions. Désormais, il y a souvent des pseudo-crises dans les clubs aux objectifs importants, après une série de deux défaites. Il faut l’accepter.
Est-ce que Darcheville ou Pauleta ne vont pas se retrouver épuisés dans les derniers gestes si on leur demande de défendre plus ?
Je ne pense pas. Pauleta est arrivé voici deux ans et demi. C’est un joueur qui a toujours effectué beaucoup de courses et cela ne l’a pas empêché de marquer de nombreux buts. Il est tout simplement moins vif en ce moment car il est moins bien physiquement.
Pendant deux ans, il a été au top. C’est un peu normal qu’il ait un passage délicat actuellement. Mais en tout cas, tous les grands attaquants du monde défendent. Je ne vois pas pourquoi Dugarry, Savio, Pauleta ou Feindouno ne défendraient pas. Il faut être
mort lorsque l’on sort du terrain et si on ne peut tenir tout un match, il faut savoir se faire remplacer avant. Le football est un métier difficile mais il faut faire des efforts et puiser au fond de ses tripes. Je ne connais pas une équipe qui aligne trois
attaquants qui font les « barbots » devant en se disant : « Je ne défends pas, je garde mes forces pour attaquer. »
Rennes, c’est une équipe à votre portée ?
Toutes les équipes sont à notre portée. Il n’y a pas une formation qui nous fasse peur. Par contre, si nous ne faisons pas les efforts, nous pouvons perdre contre n’importe qui. Le problème de Bordeaux, c’est Bordeaux. Avec l’équipe que nous avons, nous
n’avons pas à être inquiets si nous faisons des efforts.
| (Football365) |
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